Les chemins de la refondation

Un article de Nissim Cohen-Tanugi (Dossiers du Lien N° 239 du 14 janvier 2005)

...Qu'est-ce que le peuple juif sinon le peuple de la Bible ? Et c'est la Bible qui nous révèle la source de ces courants épars : son message aux Juifs est d'une flagrante évidence. Plutôt que de le déduire au terme d'une longue réflexion, formulons-le d'emblée et réfléchissons ensuite à ses implications et à ses conséquences. La Bible est traversée par ce dessein omniprésent et central :

Le peuple de la Bible

sur la terre de la Bible

pour y bâtir une société

fondée sur les valeurs de la Bible

La Bible revient trois fois dans cette formule. Quoi de plus logique puisque, comme le rappelait le Rav Askénasi (Manitou Zal )"la Bible est notre Charte et notre carte d'identité" ?

Notre Carte d'identité :... Dire que les Juifs sont le peuple de la Bible prête à bien des confusions. Est-ce le peuple qui a écrit la Bible ? Le peuple qui est l'acteur central de la Bible ? Cêst très en deça de la réalité. Il n'est pas même suffisant de rappeler que la Bible est notre Histoire et notre Géographie, ce qu'elle n'est pour aucun autre peuple au monde et ce qui disqualifie toute autre légitimité que la nôtre sur cette terre...Nous ne sommes pas seulement le seul peuple pour lequel la Bible fait office d'Histoire et de Géographie. Nous sommes les seuls qui en modulons notre existence....

La Bible est l'alpha et l'oméga de l'existence juive. c'est cela être le peuple de la Bible.

La terre promise : cette terre est la terre de la Bible. Pas même les Palestiniens ne peuvent le contester, aux point qu'ils prétendent être, eux, les descendants des Juifs, tandis que les Juifs ne seraient que des descendants d'Européens !

A qui elle a été promise ? Aux Juifs bien sûr. Aucun autre peuple ne peut prétendre qu'elle lui a été promise. Oui mais, dit-on, que vaut la promesse d'un D.ieu dont l'existence est douteuse ? La terre promise est une invention juive. L'ennui c'est que D.ieu est aussi une invention juive. Pourquoi ne récuser qu'une seule de ces "inventions" ? Celui qui ne reconnaît pas la promesse ne reconnaît pas non plus ce D.ieu. Or les musulmans et les chrétiens se réfèrent au D.ieu "inventé" par les Juifs. Pourquoi labellisent-ils cette "création" mais non celle de la promesse de cette terre ?

Il faut choisir : ne pas croire en la promesse, c'est forcément ne pas croire au D.ieu des Juifs. Impossible pour un chrétien de renier le D.ieu des Juifs : Son Fils n'est-il pas né Juif ? Si leur D.ieu n'est pas le D.ieu des Juifs, serait-il alors un dieu païen ? Un chrétien qui refuse de reconnaître la légitimité de cette terre aux Juifs coupe la branche sur laquelle il est installé. La vérité est que tout chrétien qui ne reconnaît pas que le peuple juif est le peuple de la Bible et que cette terre lui a été promise, est un faux chrétien, un imposteur.

L'Islam aussi reconnaît le D.ieu des Juifs et qualifie son peuple de peuple de la Bible. Un verset du Coran reconnaît explicitement la promesse faite par Allah de cette terre. Tout musulman qui conteste la légitimité des Juifs sur cette terre porte témoignage contre le Coran et sa foi. C'est un imposteur.

Mais quoi qu'il en soit, personne au monde, absolument personne, ne doute que cette terre soit la terre de la Bible. Personne ne doute que David en a été le roi, que les prophètes, Isaïe, Ezéchiel, Jérémie, et les douze autres y ont vécu et prêché, de même que Jésus ; que Jérusalem a été la capitale physique des Juifs, puis leur capitale spirituelle.

...Le terme de Juif a remplacé celui d'Hébreu. Juif vient de Youdi, habitant de Yehouda, Judas, dite Judée par l'Occident... Des milliers et des milliers de cartes de géographie, datant de l'antiquité au 20ème siècle désignent cette terre du nom de Judée. Les preuves existent dans toutes les bibliothèques du monde ! Mais il paraît que les descendants des habitants de Judée, d'où est tiré leur nom de Juifs n'ont pas le droit de revendiquer cette terre ni de l'appeler Judée. Quand interdira-t-on auy Arabes de revendiquer l'Arabie, aux Hindous de revendiquer l'Inde, aux Russes la Russie et aux Français, la France ?

Le peuple de la Bible est sur la terre de la Bible... c'est ainsi, et pas autrement, qu'il faut nous désigner. La Bible est notre Histoire et notre Géographie : elle est aussi notre passeport irrécusable dès qu'on le présente et le revendique.

Une terre pour quoi faire ? Il y a des Juifs, qui ne se doutent même pas de leur déjudaïsation, y compris lorsqu'ils sont Rabbins comme certains en Suisse, en Amérique et même en "Cisjordanie". Ils affirment cette énrmité : le Judaïsme peut se pratiquer partout dans le monde, donc nous n'avons pas besoin d'une terre juive. Tiens donc ! Voilà qui contredit totalement la Bible, en particulier la Thorah de Moïse ! Il se trouve qu'il est écrit en toutes lettres dans la Bible "pour quoi" et "pourquoi" cette terre leur a été promise et donnée.

Deutéronome 4/5-7 : les Hébreux arrivent à la fin de leur errance dans le désert et s'apprêtent à entrer en terre promise. Moïse les réunit et leur tient ce discours où il explique enfin "pourquoi" il y a un peuple juif et "pour quoi " il leur faut une terre : "Regarde: je vous ai enseigné aujourd'hui des lois et des préceptes, comme me l'a ordonné le Seigneur votre D.ieu, afin que vous vous y conformiez dans le pays où vous allez entrer pour en prendre possession. Observez-les et mettez-les en pratique : ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des nations. Lorsqu'elles entendront parler de toutes ces lois, elles s'écrieront : "Il ne peut être que sage et intelligent, ce grand peuple !"

Donc pour quoi ? Pour y édifier une société une société qui serve d'exemple aux Nations. Curieux dessein du D.ieu des Juifs. Mais parfaitement limpide pour qui connaît la Bible !

La terre perdue et retrouvée : Le Deutéronome répète comme un refrain que sur cette terre, le peuple ne fera pas "ce qui est droit à ses yeux" mais ce qui est droit selon la règle biblique. L'avertissement de Moïse est sans ambiguité. Si le peuple juif utilise cette terre pour devenir un peuple comme les autres, alors il perdra de facto la droit à la possession de cette terre. S'il revient à sa vocation, alors il pourra à nouveau l'accomplir sur cette même terre. Moïse nous met bien en garde : cette terre n'appartient pas au peuple hébreu, elle lui est confiée pour y accomplir sa mission.

... Toute la période prophétique a pour unique thème, le désespoir d'hommes lucides et imprégnés de l'esprit biblique, devant la décadence du peuple juif qui singe les autres nations au lieu d'affirmer ses valeurs. Les Prophètes annoncent le malheur inévitable si le peuple continue sur cette pente, et l'exhorte à se ressaisir non seulement pour son propre épanouissement mais aussi pour celui de toutes les nations qui ont, elles aussi, besoin des lumières de la Bible.

La Bible nous exhorte au "Retour", tchouva, spirituel et au retour sur notre terre pour achever la vocation que nous n'avons fait qu'esquisser dans l'histoire de l'humanité

La refondation : ... chacun des courants qui existe aujourd'hui en Israël est parfaitement habilité à demander que le dessin collectif de notre peuple réponde à ses aspirations, car elles ne sont pas contradictoires mais complémentaires selon l'idéologie biblique... Moïse disait que "l'homme ne vivait pas que de pain" . C'est dire qu'il lui faut le pain et autre chose en m'eme temps... Bien sûr, il est clair, en corollaire que si l'homme ne vit pas que de pain, c'est qu'il a besoin de spiritualité, de donner du "sens" à l'existence, ce qui très exactement le grand apport de la Bible aux nations. Il faut de la Thora, parce qu'elle est source de vie... La dimension verticale de l'homme est sa dimension spirituelle et morale... là est l'originalité de l'enseignement de la Bible : le monde physique est soumis à la loi du progrès alors que les vérités spirituelles sont éternelles et immuables.

Extrait de "La condition humaine selon le Judaïsme"

Avec l’aimable autorisation de N. R. Cohen-Tanugi,

Directeur de publication du journal Israël-Diaspora Le Lien
Les dossiers du Lien N° 239 du 14 janvier 2005

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